Madame le Maire,

Nous rejoignons évidemment la nécessité de travailler dans nos villes à une plus grande égalité entre tous les Nantais, dans toutes ses dimensions : égalité hommes / femmes ; égalité des chances, égalité face à l’éducation, la culture, lutte contre les discriminations liées à l’origine raciale, aux choix personnels ou encore au handicap.

Je laisserai tout à l’heure mes collègues Hervé Grélard et Blandine Krysmann développer les enjeux liés à l’égalité des citoyens sur notre territoire. J’aimerais simplement poser 2 principes de réflexion lorsque l’on réfléchit à l’égalité, dans toutes ses dimensions :

  • Premièrement, l’égalité ce n’est pas proposer la même chose à tout le monde. Si l’on prend le thème de l’éducation, on sait que les jeunes sont tous différents, ont très tôt des centres d’intérêt et des talents différents. Face à toutes ces différences, la République propose au nom de l’égalité un système scolaire unique. Certains se fondront dedans, d’autres pas. En leur proposant à tous la même chose, le même enseignement, le même programme, on crée de toutes pièces des inégalités. C’est la même chose pour les politiques sur le handicap : un escalier de 10 marches, pour une personne valide, ce n’est pas la même chose que pour une personne handicapée, et pourtant c’est le même escalier. Une politique qui vise à créer les conditions d’une plus grande égalité entre les habitants devra être capable de prendre en compte la diversité des situations et d’y répondre de manière fine et différenciée.
  • Deuxièmement, l’égalité entre les personnes ne doit pas aller à rebours de l’autorité qui structure la société. L’élève, dans son contexte scolaire, n’est pas l’égal du maître, l’un transmet la connaissance, l’autre la reçoit. Sur le plan de la compétence et de la connaissance, il n’y a donc pas d’égalité entre l’élève et le maître. Nous constatons tous le manque de respect aujourd’hui de certains élèves vis-à-vis de leurs enseignants et les violences verbales et parfois physiques qui existent dans certains établissements scolaires. Je crois qu’il est important de redire que l’égalité des personnes ne doit pas se construire contre l’autorité quand elle est nécessaire et légitime.

Je voudrais terminer sur une remarque plus générale en replaçant le concept d’égalité au sein du triptyque de notre devise républicaine : « Liberté – Egalité – Fraternité ».

Soljenitsyne affirmait que les termes de liberté et d’égalité étaient contradictoires : « Dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s’exclure mutuellement. La liberté détruit l’égalité sociale – c’est même là un des rôles de la liberté -, tandis que l’égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait l’atteindre».

On voit bien les limites que pointe Soljenitsyne, mais je pense au contraire que l’égalité sans liberté, l’égalité contre la liberté, n’a aucun sens et a conduit à des idéologies totalitaristes – notamment communistes – qui ont marqué de leurs erreurs le siècle dernier.

Et si on remonte un peu plus loin dans l’histoire la place qu’a prise notre cité dans le commerce triangulaire et l’esclavage nous oblige encore plus qu’ailleurs à penser le lien nécessaire entre liberté et égalité. On était républicain à Nantes, convaincu de l’égalité de tous les citoyens, et on a continué à faire fonctionner la traite négrière pendant plusieurs dizaines d’années avant de comprendre la contradiction évidente entre l’esclavage et l’égalité !

Notre ville, plus que d’autres par son histoire, doit donc avoir l’ambition de porter l’idéal d’égalité en lien avec la liberté et la fraternité républicaine.