Au mois de novembre dernier, notre pays a connu un deuil historique avec 130 morts et 351 blessés dans les attentats terroristes. La France a été frappée en sa capitale pour ses valeurs et son rayonnement. Si quelque 180 chefs d’État ont adressé au Gouvernement des témoignages de solidarité, c’est sans doute que notre pays continue d’adresser au monde un message particulier. Ce message est celui de la liberté de penser et de son corollaire, la tolérance. Hélas, ce qui fait notre grandeur peut aussi être notre fragilité : car notre tolérance envers ceux qui contestent notre mode de vie et nos valeurs est supposée nous grandir ; elle trouve pourtant sa limite face à l’extrémisme de l’islamisme radical.
Nos vertus républicaines ne doivent pas nous entraîner à l’angélisme. Le principe de précaution est en effet la moindre des diligences que le citoyen est en droit d’attendre de ses responsables politiques. Notre génération n’a pas connu de conflit armé sur le territoire. Les progrès – relatifs – de la civilisation pourraient nous entraîner à juger que l’armement et la défense sont des réflexes moins nécessaires. On voit bien qu’il n’en est rien et on a « découvert » avec compassion, à l’occasion des derniers attentats, que les fonctionnaires chargés de la sécurité parisienne étaient incroyablement sous-équipés : les 130 membres de la BAC de nuit et les 230 membres de la compagnie de sécurisation et d’intervention se partagent 19 casques et 11 gilets pare-balles (L’Express). Quelques jours après, c’était un douanier qui tombait sous les balles d’un trafiquant d’armes à Toulon, douanier qui avait été contraint, faute d’équipements suffisants, de se fabriquer un gilet pare-balles avec l’aide d’une couturière et un bélier avec l’aide d’un père bricoleur. Appeler à la sécurité des populations, c’est d’abord bien sûr appeler à la sécurité des agents chargés de protéger les biens et les personnes.
L’État d’urgence voté par nos parlementaires est supposé rattraper le retard pris par les pouvoirs publics en termes de nombres d’enquêtes, de magistrats et de militaires. Ce décrochage est la conséquence du refus de l’État d’assumer pleinement ses fonctions régaliennes depuis 30 ans. Or, répétons-le, la démocratie est fondée sur la justice et la sécurité intérieure et extérieure.
40 individus susceptibles de porter atteinte à la sûreté de l’Etat (classés « S ») ont été signalés en un an en Loire-Atlantique. Depuis que cet état d’urgence a été décrété, 130 perquisitions ont été effectuées dans le Département. Même si l’état d’urgence ne revêt pas les mêmes modalités en province qu’en région parisienne, des inquiétudes légitimées par ces chiffres s’expriment chez les Nantais. Car, par définition, la concentration urbaine offre une matière brute aux actes terroristes.
Si la Ville n’a pas de compétence directe en matière de lutte contre le terrorisme (qui est la prérogative de l’État), elle doit chercher à améliorer la sécurité des Nantais qui font face à une hausse générale de l’insécurité, au-delà du problème particulier du terrorisme.
Nous proposons quatre mesures pour une meilleure sécurité de nos habitants :
1/ L’engagement immédiat d’une réflexion sur les conditions de l’armement des personnels de police municipale, suite à la proposition faite par le Président de la République. Ces personnels doivent bénéficier d’une formation spécifique encadrée et validée par la police nationale.
2/ La réorientation des missions de la police municipale sur la sécurité des personnes et le redéploiement des personnels notamment dans les transports en commun et dans les lieux de vie nocturne de la Ville.
3/ Le déploiement dans les meilleurs délais de la vidéoprotection dans les espaces publics les plus fréquentés et dans les quartiers nantais. Ce déploiement dans les quartiers sera à étudier en concertation avec les habitants engagés dans les conseils de quartier, qui connaissent les lieux stratégiques à prioriser sur leurs territoires.
4/ Enfin, dans le cadre des annonces faites par le Gouvernement concernant le recrutement d’agents des forces de l’ordre, la Ville de Nantes devra très rapidement demander à l’État un renfort significatif des forces de police nationale sur son territoire.
Madame le Maire, c’est dans un esprit de concorde et de service, et dans le cadre de l’union nationale prônée par le Président de la République et le Premier Ministre, que notre groupe de la droite et du centre souhaite travailler de concert avec votre majorité municipale sur la base de ces propositions.

 

Photo : Marie Bieber