Madame le Maire,

Vous nous proposez de financer par cette délibération des emplois aidés pour un montant de plus de 40 000 €. Vous êtes dans la roue du Gouvernement qui a débloqué 100 000 contrats aidés de plus en 2015.

Ce traitement social du chômage – et non économique – trahit l’urgence où se trouve François Hollande d’engranger des résultats sur l’emploi, afin que 2017 ne se fasse pas sans lui. Nous avons toutefois de très sérieux doutes sur l’efficacité de ces mesures.

Il est connu que le passage par un contrat aidé dans le secteur non marchand réduit les chances futures de trouver un emploi non aidé. Une étude publiée par l’Insee en juillet 2015 le confirme. C’est ce qui fait dire au magazine Les Echos que «les emplois aidés sont un « remède qui aggrave le mal ».

Deux ans et demi après leur passage en contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE), les bénéficiaires ne sont que 33 % à disposer d’un emploi non aidé, contre 38 % des personnes présentant les mêmes caractéristiques au départ mais non passées par un emploi aidé.

Plusieurs explications :

– d’abord le fait que les emplois aidés dans le secteur non marchand (associations, collectivités locales) sont éloignés des emplois auxquels le bénéficiaire est susceptible de postuler par la suite.

– ensuite le fait que le passage par l’emploi aidé envoie un signal négatif aux employeurs, alors même que les bénéficiaires ont montré leur volontarisme à aller vers l’emploi.

Dans le contexte actuel de chômage, on sait que l’emploi associatif résiste relativement bien grâce aux emplois aidés mais qu’il y a là un effet de leurre car le turn-over est très important et n’ouvre pas sur des emplois pérennes. La seule chose qui soit pérenne, c’est l’emploi aidé en lui-même.

En revanche, le passage par un emploi aidé dans le secteur marchand a un impact réel sur l’insertion professionnelle de ses bénéficiaires.

Ces éléments indiquent clairement l’impasse où nous conduisent les politiques de l’emploi en place, qui construisent leur château de cartes sur le secteur non marchand (plus de 80 % des actuels emplois d’avenir par exemple).

Si vous parlez d’emplois aidés, vous avez par le passé parlé d’emplois d’avenir et d’emplois jeunes. En revenant sur les chiffres de ces emplois que je dirais être « emplois Jospin », le résultat est simple : 80% d’entre eux ont trouvé un emploi, mais dans les collectivités. Or on sait que ce sont les entreprises qui recrutent aujourd’hui, pas les collectivités.

C’est pourquoi de notre côté, vous le savez, nous proposons ce qui n’a jamais été essayé : l’allègement des charges sociales. La mesure est peut-être trop pragmatique pour un monde politique qui n’a pas l’expérience de l’entreprise. Mais dans le quotidien des PME et des TPE, ce serait ça LA mesure d’avenir.

Alors, la dernière mesure, les 2 000 € à l’embauche, c’est bien. Mais on pilote une entreprise sur plusieurs trimestres, sur plusieurs années. Ce chèque s’apparente plus à une jolie récompense ‘court-termiste’ et non à une stratégie de long terme.

Nous voterons cette délibération en reconnaissant la valeur sociale de ces emplois aidés tout en appelant de nos vœux un changement de logiciel des politiques publiques de l’emploi.