UNE BELLE IDÉE

À première vue, quoi de plus louable et de plus noble que le projet d’une société dans laquelle les citoyens seraient interrogés sur tous les grands sujets qui font leur quotidien ? Une société dans laquelle chacun pourrait exprimer librement son avis ? Une société dans laquelle les décideurs tiendraient compte de la parole et des idées de chacun dans leurs prises de décision et la mise en place de leurs politiques.

Vous en rêviez ?…

Le réveil risque d’être difficile.

La démocratie participative est une excellente initiative, lorsqu’elle permet à des habitants qui souhaitent s’impliquer « autrement » de le faire, à la condition qu’elle ne prétende pas se substituer à la démocratie représentative et aux élus du peuple.

Mais le véritable enjeu citoyen, réside dans l’avenir de notre régime représentatif, dans le respect de notre République, des élections et de nos institutions.

Il nous faut en effet rester vigilants, car la démocratie participative porte en son sein un risque inhérent de manipulation, car elle ne mobilise qu’une frange infime de la population.

Rappelons ici par exemple que le « Grand » débat sur la Loire n’a mobilisé qu’ 1 % des habitants.

A ce titre, elle peut même présenter le danger de favoriser des intérêts particuliers ou orientés.

La démocratie participative n’a t-elle d’ailleurs pas été inventée par ceux qui, précisément, ne parvenaient pas à être élus démocratiquement par le peuple ? Et aujourd’hui encore, elle est souvent promue par eux.

Alors comment interpréter cette mode des « Grands » débats de notre métropole ?

Pourquoi sont-ils qualifiés de « Grands » par leurs organisateurs avant même d’avoir commencé ?

Est-ce pour le montant des dépenses publiques qui en font la publicité (600 000 € engagés sur le « Grand Débat sur la Loire ») ou pour annoncer d’ores et déjà la manipulation des chiffres de participation qui vont permettre à leurs organisateurs de se mettre en valeur ?

Sans doute cela permet-il à une majorité de gauche bien fragile de se donner une légitimité supplémentaire…Lorsque près de 3 habitants sur 4 n’ont pas voté pour la majorité issue des urnes, l’autosatisfaction annoncée est encore le meilleur moyen de se rassurer. Mais cela doit citoyens-électeurs comme élus, nous interroger.

Donner la parole aux citoyens permet certes, de leur donner le sentiment de prendre part aux décisions.

Mais cela n’est en aucun cas le moyen qui redonnera envie de voter à ceux qui tournent le dos à notre démocratie. Ce sont pourtant bien ceux-là qu’il nous faudra convaincre de l’utilité de leur participation à l’établissement de nos politiques.

Enfin, en matière de débat démocratique, nous regrettons ici que la majorité n’accepte pas que nous puissions recevoir les citoyens et débattre dans les mairies annexes de Nantes, ce qui constitue un grave déni de démocratie.

Pourtant, dans une démocratie réellement participative, il nous semble que sans aucune forme de discrimination, tous les citoyens devraient avoir le droit de débattre avec l’ensemble de leurs élus.