Madame Le Maire,

Chers collègues,

Nous souhaitons ré-intervenir sur un sujet qui fait rarement la une des journaux, qui est peu, voire jamais, évoqué dans les conversations et qui fait l’objet d’une forme de complaisance : la prostitution.

Toute personne qui se promène à Nantes, à partir de 20 heures, dans certains quartiers, sur l’axe Bellamy Schuman jusqu’au Pont du Cens, autour de la Gare, ou du Quai de la Fosse est certain de croiser des jeunes femmes, majoritairement étrangères, qui proposent une relation sexuelle tarifée.

Vous indiquez dans votre délibération, pas moins de 327 prostituées sur l’année 2015.

Depuis la convention de l’ONU de 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, 68 ans plus tard, rien n’a changé… ou au contraire, la prostitution a explosé dans le monde avec des trafics sud-nord de jeunes femmes, tout ceci dans la plus grande indifférence.

Finalement, cela a toujours existé… c’est le premier métier du monde… on n’y peut rien… et chacun retourne dans sa chaumière.

Mais n’y peut-on vraiment rien ? A-t-on le droit de rester passif face à ces jeunes femmes dont certaines sont clairement mineures ? Comment rester insensibles quand vous croisez leur regard et qu’en dépassant le masque et les habits de paillettes qu’elles affichent, vous croisez la détresse au fond de leur regard.

La loi votée le 6 avril 2016, qui a dépassé les traditionnels clivages politiques, a permis, en s’inspirant d’expériences étrangères, d’inscrire différentes actions complémentaires, qui rappellent que la femme ou l’homme prostitué est une victime :

  • La pénalisation du client

  • La suppression du délit de racolage passif

  • Des mesures d’aide et d’accompagnements

  • Un titre de séjour pour les prostituées étrangères

  • Des instances de suivi dans les conseils départementaux

Nous vous demandons au nom de notre Groupe, d’ouvrir un plan d’actions de lutte contre la prostitution. Nous ne pouvons pas nous résigner à être coupable de ne pas agir. La loi permet un certain nombre d’actions ; des associations sont présentes sur le terrain – le Nid qui assure des maraudes le soir pour assurer une présence bienveillante auprès de ces jeunes femmes avec lesquelles il est difficile d’instaurer une relation de confiance, Médecins du Monde, la police qui lutte contre les réseaux de trafiquants (trafic aussi juteux que celui de la drogue).

Nous savons que le sujet n’est pas facile ; vous avez parlé des violences faites aux femmes, nous pensons qu’il faut agir en amont. Et nous sommes persuadés que là où il y a une volonté, il y a un chemin.

Je vous remercie.