Conseil municipal du 20 avril 2018 – Intervention de Laurence GARNIER

Vœu Réforme de la SNCF

Madame le Maire,

Franchement, ce vœu n’est pas à la hauteur des enjeux que connaît aujourd’hui la SNCF. Qu’on ne soit pas d’accord avec la réforme proposée par le Gouvernement est une chose, que l’on soit sur des positions comme les vôtres qui consistent à ne surtout rien bouger alors que l’on va dans le mur, avec 45 milliards d’euros de dette, c’est quand même un vrai problème.

D’abord le vœu comporte un certain nombre de contre-vérités :

  • Dire que l’ouverture à la concurrence entraîne une augmentation des tarifs, c’est une contre-vérité. L’augmentation des tarifs a déjà eu lieu et vous le savez bien. Aujourd’hui le transport ferroviaire en France est en moyenne 20 à 30% plus cher que dans la plupart des autres pays européens.

  • Dire que l’ouverture à la concurrence n’est pas une obligation, c’est faux également. L’Europe a prévu des aménagements de calendrier mais de toute façon l’ouverture à la concurrence deviendra obligatoire dans les années à venir, pour les grandes lignes d’abord, puis pour les lignes régionales, et ce que l’on soit en contrat de service public ou en mise en concurrence d’opérateurs privés.

  • Expliquer que le statut des cheminots n’est « nullement responsable » de l’endettement de l’entreprise, c’est faux. Dire qu’il n’est qu’en partie responsable aurait été beaucoup plus juste, évidemment les investissements demandés par l’Etat à l’entreprise pèsent lourd dans la dette.

Nous sommes comme vous attachés à la fois aux enjeux environnementaux et à la sauvegarde des petites lignes régionales. Ce point devra être précisé dans le projet gouvernemental, d’autant qu’il fait l’objet d’inquiétudes fortes dans les territoires.

La possibilité de créer des « franchises » qui regrouperaient des lignes rentables et d’autres qui le sont moins pourrait par exemple être étudiée pour garantir une forme de péréquation entre les grandes et les petites lignes et assurer un service de qualité partout sur le territoire.

En Allemagne la mise en concurrence a abouti à une hausse de la fréquentation des «petites lignes » régionales. Ce n’est pas la mise en concurrence en elle-même qui est mauvaise, mais il faut en effet réfléchir à une forme de solidarité des territoires.

La réforme du Gouvernement n’est pas parfaite et de nombreux points restent encore à arbitrer, mais la position de statu quo que vous défendez n’est plus tenable aujourd’hui. Nous voterons donc contre ce vœu, et contre le statu quo que vous nous proposez.

Je voudrais rappeler en conclusion que c’est sous le quinquennat de François Hollande que l’ouverture à la concurrence de la SNCF a été entérinée. Celui-ci l’a d’ailleurs rappelé la semaine dernière lors d’une interview sur France Inter, ça vous aura sans doute échappé. A l’époque, on a entendu les élus communistes s’exprimer au sein de cette Assemblée mais vous, Madame le Maire, on ne vous a pas entendue.