Madame le Maire, chers collègues,

Ce sujet de l’accueil des personnes migrantes présentes sur notre territoire est un sujet difficile. Il serait bien que l’on puisse en débattre sereinement

  1. Pourquoi Nantes ?

Nantes est aujourd’hui la 3ème ville de France en termes de nombre de personnes migrantes présentes sur son territoire.

Bien sûr, il y a à Nantes un réseau de solidarité et d’associations très structuré, et c’est formidable, mais les associations elles-mêmes nous disent que ces réseaux sont bien organisés à Rennes, à Bordeaux et dans d’autres grandes villes, et considèrent que cela n’explique pas la situation nantaise.

On peut l’expliquer par le choix que vous avez fait de porter un discours d’accueil inconditionnel des migrants :

  • vous avez rejoint le réseau des villes solidaires de l’accueil des migrants en 2015,
  • vous avez fait voter un vœu au conseil municipal du 29 juin 2018,
  • vous refusez malgré nos interrogations répétées de nous donner votre position sur les personnes migrantes déboutées du droit d’asile et qui doivent être raccompagnées dans leur pays comme le prévoit la loi française.

Aujourd’hui les migrants eux-mêmes nous disent « J’ai regardé sur internet quelle ville pouvait accueillir les migrants et c’était Nantes ».

Vous vous retrouvez donc aujourd’hui face à une situation difficilement tenable.

  1. Que fait-on maintenant ?

Vous avez engagé une procédure qui doit vous permettre de reloger toutes ces personnes, en faisant appel aux villes et collectivités sur la base du volontariat, comme vous l’avez redit vous-même dans la presse ces derniers jours.

Saint-Brévin, Rezé et Saint-Herblain ont accepté de recevoir chacune plusieurs dizaines de personnes, mais aujourd’hui les choses semblent bloquées et près de 300 migrants seraient sans solution.

Conséquence : les gymnases devaient être libérés début octobre ; on parle maintenant de fin octobre. Les Nantais comprennent la situation mais ont aussi le droit légitime de bénéficier des infrastructures de la Ville.

Comment allez-vous faire pour ces 300 personnes qui sont aujourd’hui sans solution ? Où en êtes-vous de vos échanges avec l’Etat sur ce point ?

Dernier point : les chiffres font actuellement état de 30 à 40 migrants qui arrivent chaque jour à Nantes. Soit environ 1000 personnes par mois. Vous connaissez ces chiffres et vous le voyez concrètement dans la ville, puisque vous avez décidé récemment de fermer le jardin des Fonderies où certaines personnes s’étaient installées. Vous n’allez pas pouvoir barricader toute la Ville et on a le sentiment que vous avez mis le doigt dans un engrenage qui vous dépasse.

  1. Quelles perspectives pour ces personnes ?

Enfin , au-delà de la seule question de la mise à l’abri, il y a un sujet fondamental qui est celui des perspectives que peuvent avoir ces personnes sur le territoire. Il y a des demandeurs d’asile ; certains l’obtiendront et pourront travailler. Beaucoup d’initiatives ont lieu dans ce sens, notamment de la part des réseaux d’entrepreneurs et de chefs d’entreprise.

D’autres seront déboutés du droit d’asile, ou ne pourront pas même le demander compte-tenu de leur situation. Et là, on a un vrai sujet.

Je vous invite à prendre connaissance de l’article publié dans La Croix la semaine dernière : “Migrants, le nouvel esclavagisme”. L’enquête y décrit les filières d’immigration clandestine et d’exploitation de ces personnes migrantes sur le territoire. Il y a le témoignage d’un jeune homme qui d’après ses propres mots « n’avait jamais eu l’intention de partir », s’est laissé tenter par les promesses mirobolantes de ces réseaux. Ce jeune homme s’est retrouvé à travailler 15 heures par jour sur des chantiers de construction ; le soir il dormait avec plusieurs autres personnes dans des containers fermés par des barres de fer, sans eau ni électricité. Entièrement à la merci de ces réseaux qui les exploitent et les traitent comme des esclaves. Ce jeune-là ne rêvait que de retourner chez lui et n’en avait pas même les moyens.

Il nous faut aussi ouvrir les yeux sur cette terrible réalité. Les bonnes intentions ne font pas toujours les bonnes politiques.